Notre objectif n’est pas de dire au revoir à Nianguiry, mais de le célébrer ! Pr Olivier Douville
Formateur chevronné, toujours disponible et sans relâche éclairant, N. Kanté a marqué plusieurs générations d’étudiants qui, pour le plus grand nombre d’entre eux, firent leurs preuves. C’est aussi à l’enseignant exigeant et bienveillant que ce colloque a rendu hommage. Voir Revue RASP!
Colloque International Nianguiry KANTE 2024, deuxième édition
Thème : Penser les contraintes à la santé publique vers une performance durable des systèmes sanitaires en Afrique
1. Argumentaire
Les problèmes de santé publique en Afrique sont multiples et complexes. Dans cette partie du monde, la progression des maladies infectieuses et parasitaires aurait déjà excédé le seuil alarmant. En parallèle, les maladies dites chroniques et dégénératives s’accroissent à une allure vertigineuse. Et comme si cela ne suffisait guère, à ce tableau sombre et surchargé, s’ajoute le spectacle des maladies nouvelles, davantage sévères. De même que la question de la santé mentale et la morbidité et la mortalité de la mère et de l’enfant apparaissent autant préoccupantes les unes que les autres. Aussi, l’émergence de ces problèmes de santé publique relève-t-elle d’une multitude de facteurs comme le revenu, l’instruction, le sexe, le milieu physique, le milieu social, le développement sain des enfants, les comportements et styles de vie personnels, les réseaux de soutien social et communautaire, l’accès au travail et les conditions de travail, l’accès aux services et aux équipements essentiels : eau, habitat, services de santé, nourriture, éducation ; le niveau de vie d’un pays, les conditions du marché du travail de même, les croyances culturelles. Sur le continent africain où ces déterminants de la santé apparaissent comme des réalités d’actualité et de grande ampleur, il ressort en même temps que la transition épidémiologique peine à s’amorcer. Il en découle logiquement une espérance de vie à reculons. Le défi à affronter est de taille. Cependant, l’organisation des systèmes de santé mise en place tend de fait, à accorder le primat à la médecine curative. Cela signifie que dans le processus de recherche de solutions, la dimension biomédicale reste privilégiée au détriment des aspects sociologiques. Nous en déduisons qu’en Afrique, les systèmes nationaux de santé publique présentent un caractère très médicalisé. Et pourtant, tous les problèmes de santé n’ont pas de vaccin. En conséquence, des questions se posent. Comment réduire la charge de morbidité rencontrée dans les pays africains ? Comment amener la grande majorité de la population à bénéficier d’une santé viable à moindre coût ? Lever cette barrière réductionniste de la santé publique correspond à la première étape du défi. C’est un préalable qui donne accès à la question de fond comme seconde étape. Cette dernière a pour objet, l’immensité et la complexité des problèmes de santé qui se posent. Comment résorber cette situation sanitaire complexe ? Une hypothèse de solution viable et pertinente est-elle envisageable sans la prise en compte des facteurs humains ? Autrement dit, cette logique de « progression » se trouve-t-elle liée au seul facteur biologique ? Ces différentes interrogations déterminent l’origine des enjeux de cette deuxième Edition du Colloque International Nianguiry Kante (CINI) 2024 en vue de créer autour de la santé publique tout un réseau de partenariats et d’échanges d’idées connectant la médecine aux sciences humaines. En conséquence, ce colloque se présente comme l’opportunité d’une meilleure lisibilité des problèmes de santé publique et la compréhension de la pertinence des choix politiques des gouvernements en matière de santé en Afrique. Dans cette optique, il importe d’ouvrir le débat autour du thème de ce colloque : « Penser les obstacles à la santé publique vers une performance durable des systèmes sanitaires en Afrique ». Dans la phase opérationnelle de cette réflexion, plusieurs approches scientifiques paraissent plausibles en vue d’apporter un éclairage et des leviers de solutions relativement au défi du développement sanitaire en Afrique. Il s’agit entre autres des approches populationnelle, stratégique, critique, constructiviste et « Une Santé ». Celles-ci permettent de mettre l’accent sur des groupes de populations (enfants, jeunes, femmes, personnes âgées), sur des conflits de représentation entre les pratiques culturelles vécues et les normes de santé publique, sur des modèles structurels qui sapent la santé des groupes démunis et marginalisés, sur des systèmes de promotion de la santé ancrée dans les habitudes de vie et sur des pratiques et comportements face aux épidémies et à la résistance aux antimicrobiens et pesticides. C’est dans cette perspective théorique que le présent colloque trouve tout son sens. Pour ce faire, il convient de préciser ses objectifs.
2. Objectifs du colloque
L’objectif général de ce colloque est d‘examiner l’évolution du contexte des problèmes de santé publique dans les systèmes de santé en Afrique. Cette orientation générale commande trois objectifs spécifiques :
indiquer la diversité des réalités en rapport aux problèmes de santé publique en Afrique ; renforcer les services aux collectivités dans la perspective d’une contribution au développement socio-sanitaire des pays africains ; consolider les outils méthodologiques novateurs mobilisés, en vue de les mettre au service du suivi-évaluation des problèmes de santé publique en Afrique. Le colloque sera meublé par des conférences introductives, des ateliers, des communications orales en sessions parallèles, et des communications affichées.
3. Axes thématiques
Ce colloque offrira un cadre de communication scientifique sur les six axes thématiques suivants :
Axe 1 : Santé des groupes de population vulnérable
Cet axe porte sur l’offre et l’accessibilité des populations les plus vulnérables aux soins de qualité. Il s’agit d’apprécier de façon particulière les services et les prestations de santé en faveur des enfants, des adolescents et des jeunes, des femmes et des personnes âgées. Il tient compte également des représentations autour de la santé de ces groupes dans des contextes culturels différents. Les contributions dans cet axe consistent à identifier les défis qui restent à relever et mettre en évidence divers enjeux pour améliorer l’état de santé de ces groupes spécifiques vers une santé viable.
Axe 2 : Diversité culturelle des morbidités en santé publique
Cet axe nous introduit dans les vulnérabilités en lien avec la persistance des maladies en santé publique notamment le paludisme, le VIH/Sida, la tuberculose, les hépatites virales, les maladies tropicales négligées, les maladies non transmissibles, les maladies à potentiel épidémique et situation d’urgence, les maladies liées à la santé mentale, la malnutrition et les morbidités en santé de la reproduction chez la mère et chez l’enfant. Il s’agit d’analyser les relations entre les représentations, les théories étiologiques des patients et des variables de santé publique. Les investigations dans cet axe vont mettre l’accent sur les contradictions ciblées entre les pratiques culturelles vécues et les normes de santé publique en vue d’agir sur les points d’impact critique et aboutir au changement souhaité. Pour ce qu’il en est de la santé mentale, nous devons faire des bilans. En effet, il convient de s’interroger sur ce qui demeure et/ou s’est transformé depuis l’école de Dakar (autour de H. Collomb) concernant la vie institutionnelle des établissements psychiatriques. Il s’agit également de repérer ce qu’il en est aujourd’hui de la pédopsychiatrie. Examiner aussi la place de la psychiatrie communautaire et voir comment les praticiens se situent par rapport aux recommandations de l’OMS relatives au dialogue avec les tradipraticiens.
Axe 3 : Gouvernance des systèmes de santé publique
Cet axe s’étend sur le rôle international de la santé et des soins de santé dans le maintien et le développement des systèmes d’inégalités en santé publique, l’influence des structures sanitaires sur les réactions, le comportement à l’échelle locale, l’influence des initiatives locales à portée vaste sur les structures de santé, l’incidence des services de soins de santé à but lucratif sur la santé, la distribution inégale des ressources en santé, la répartition défectueuse des soins de santé, et les facteurs limitants la qualité de l’organisation, du fonctionnement et de la gestion des structures de santé. Il convient d’indiquer les différentes facettes de ces questions particulières abordées et les réponses apportées à titre institutionnel ou humanitaire avant de procéder à un examen dialectique sur fond de la stratification des couches sociales présentes dans les communautés observées. Les contributions dans cet axe placent la gouvernance des systèmes de santé au centre de la recherche. Cela permettra d’analyser l’impact des politiques sanitaires par rapport aux objectifs à atteindre tout en visant l’assurance qualité.
Axe 4 : Santé pour tous
Cet axe se propose de requestionner le cadre de la promotion de la santé et de la santé communautaire. Il s’agit de faire un état des lieux des dispositifs actuels, d’identifier les défis et les enjeux scientifiques, politiques et éthiques des dispositifs de promotion de la santé, d’éducation à la santé et de prévention. Il donne la possibilité de montrer les pratiques sociales des gens, des professionnels, des acteurs politiques et institutionnels, des innovateurs (chercheurs, agences des Nations Unies…), et enfin des différents intervenants en matière de promotion de la santé. Les investigations dans cet axe visent à mettre l’accent sur des stratégies de santé communautaire applicables à la vie quotidienne des gens de manière à accompagner le changement social en faveur de l’amélioration de la santé de tous et de la réduction des inégalités.
Axe 5 : Environnement, Santé Humaine et animale
Cet axe va s’intéresser aux menaces dues aux maladies émergentes et réémergentes, au problème de la résistance aux antimicrobiens et pesticides au risque de rendre la médecine impuissante face aux germes pathogènes et vecteurs. Il importe d’explorer ici les réalités de la collaboration interdisciplinaire dans le secteur de la santé entre les professionnels de la médecine humaine, de la médecine vétérinaire, et de l’environnement. Il s’agit de relever les problèmes d’éthiques et de valeurs des différentes professions de santé, les barrières socio-culturelles et les difficultés de la participation des populations en tout genre entravant la prévention, la détection précoce et la riposte aux épidémies, épizooties et phénomènes de résistance aux antimicrobiens et aux pesticides. Par cet axe, les contributions mettront en évidence la diversité culturelle en s’appuyant sur une approche collaborative pour mieux prévenir et lutter contre les épidémies et ses conséquences mais surtout pour appréhender l’importance de la pensée systémique dans l’approche « Une Santé ».
Axe 6. Santé Digitale
Il s’agira de couvrir sous cet axe les recherches en matière de Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pour apporter des solutions nouvelles et innovatrices aux problèmes de santé publique. Les contributions pour cet axe peuvent inclure : Mobile Health, eHealth, Internet of Medical Things (Internet des Objets Médicaux), Gériatrie et Gérontologie Digitale, etc…
Des propositions regroupant d’autres aspects non indiqués dans ces axes mais permettant de discuter des problèmes de santé publique en Afrique, sont également appréciables. Ces propositions ont trait par exemple aux Technologies de l’Information.